Accueil Notre blog Patrimoine

Patrimoine

Saint-Basile n'est pas une église, mais dix

On la photographie plus que tout autre bâtiment russe, et on la comprend rarement. Sous ses coupoles torsadées, la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge est un ensemble de dix églises distinctes, montées sur une seule fondation — un plan qui ne se répète nulle part ailleurs.

· 2 min de lecture · par Aventurusse

Son nom officiel est « cathédrale de l'Intercession-de-la-Très-Sainte-Mère-de-Dieu-sur-les-Douves ». Personne ne l'emploie. On dit Saint-Basile, du nom d'un fol-en-Christ enterré là en 1557 et dont la chapelle fut ajoutée après coup — la dixième.

Une église par victoire

Ivan IV la fait bâtir entre 1555 et 1561 pour marquer la prise de Kazan. Chacune des huit chapelles qui entourent l'église centrale porte le nom du saint dont on célébrait la fête le jour d'un assaut décisif de la campagne. L'édifice est donc un calendrier militaire autant qu'une église : huit dates, huit saints, huit chapelles.

Au centre, la neuvième — l'Intercession — plus haute que les autres, coiffée non d'une coupole mais d'une flèche pyramidale de quarante-sept mètres. Les huit autres sont disposées autour d'elle selon une rose des vents : quatre grandes aux points cardinaux, quatre petites en diagonale.

Les coupoles n'ont pas toujours été colorées

C'est la chose qui surprend le plus. Au XVIe siècle, l'édifice était blanc, et ses coupoles dorées. Les couleurs et les torsades datent des années 1680, plus d'un siècle après la construction, et les motifs actuels ont été fixés au XIXe. La cathédrale que nous photographions aujourd'hui est donc une œuvre à plusieurs mains, étalée sur trois cents ans.

La légende des architectes aveuglés

On raconte qu'Ivan le Terrible fit crever les yeux des bâtisseurs pour qu'ils ne puissent jamais recommencer ailleurs. Rien ne l'atteste : l'un des deux architectes présumés, Postnik Iakovlev, a construit ensuite le kremlin de Kazan. L'histoire est belle, elle est fausse, et elle vous sera racontée trois fois sur la place.

À l'intérieur: des couloirs, pas une nef

C'est la deuxième surprise. Il n'y a pas de grande salle. Chaque chapelle est minuscule — quelques mètres carrés — et l'on passe de l'une à l'autre par des galeries étroites et sombres, aux murs peints de motifs floraux du XVIIe. La visite dure quarante minutes et se fait à la file ; on monte, on descend, on tourne.

La chapelle de Saint-Basile, au rez-de-chaussée, est la seule qui reste un lieu de culte actif. Le reste est un musée depuis 1928 — ce qui l'a sauvé : le statut de musée d'État l'a protégé des démolitions des années 1930, lorsque Kaganovitch proposait de la raser pour dégager la place Rouge.

Comment la visiter sans la subir

  • À huit heures. La place Rouge est presque vide, la lumière rasante prend les coupoles de côté, et il n'y a personne devant l'objectif.
  • Billet en ligne, la veille. Les créneaux d'été partent ; le guichet fait perdre quarante minutes.
  • Par le sud. On l'aborde en venant du pont Bolchoï Moskvoretski : c'est de là qu'elle se détache le mieux, seule, sans le GUM derrière.
  • En hiver. Sous la neige, avec le marché de Noël et les guirlandes, c'est un autre bâtiment. Beaucoup de nos voyageurs préfèrent cette version.

Ce qu'on regarde juste après

Le Kremlin est de l'autre côté de la place, et la page de Moscou détaille le reste de la ville. Pour comprendre d'où vient cette architecture — les églises à tentes, les coupoles en bulbe — l'Anneau d'Or en montre les ancêtres directs, deux à trois siècles plus tôt et à deux heures de route.

Nos voyages de groupe y passent tous, avec un guide francophone qui raconte les huit chapelles : voir les prochains départs.

La lettre d'Aventurusse

Un récit de Russie par semaine

Nos nouvelles dates en avant-première, des histoires du terrain — et « Le carnet de voyage », notre guide illustré, offert dès l'inscription.

Un envoi par semaine, jamais plus. Désinscription en un clic.